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jeudi 20 mars 2008

Euthanasie, suicide assisté… derrière les mots un combat qui peine à trouver une issue.



Je me permets de rédiger un petit billet à chaud, j’ai appris hier soir le décès de Chantal Sébire, cette femme courageuse, âgée de 52 ans, atteinte d’une tumeur incurable évolutive ayant entre autre causé chez elle, cécité, défiguration et souffrances.
A travers un courrier, rédigé par sa fille, et adressé à notre nouveau président, Chantal Sébire avait relancé la controverse qui caractérise encore aujourd’hui le débat sur l’euthanasie.
Elle requérait le droit de partir dans la dignité.
Je m’étonne encore de voir qu’à l’heure actuelle, la France (je ne traiterai ici que le cas de la France) n’a toujours pas pris de dispositions légales claires. L’affaire Vincent Humbert (2000-2004) avait déjà ému la France entière, et avait été à l’origine d’une incroyable mobilisation humaine, tracts, pétitions, etc. Marie Humbert sa maman et le Dr Chaussoy avaient d’ailleurs fini par bénéficier d’un non-lieu face aux accusations respectives d’« administration de substances toxiques » et d’« empoisonnement avec préméditation ». Cette triste affaire a tout de même abouti à la loi Leonetti (http://www.senat.fr/leg/tas04-096.html), mais cette dernière n’est pas satisfaisante à bien des égards pour nombre de patients (Mal comprise ? Mal appliquée ? Incomplète ?).

Elle autorise en quelque sorte deux types « d’euthanasie » :

« L’euthanasie passive » qui consiste à cesser un traitement curatif ou à arrêter l'usage d'instruments ou de produits maintenant un patient en vie et se distingue de l'euthanasie active par le fait qu'on n'utilise aucun moyen hâtant sa mort.

« L'euthanasie indirecte » (appellation contestée) qui consiste en l'administration d'un produit qui risque d'entraîner la mort (analgésique ou antalgique) sans que le but recherché soit ce décès.

Mais en aucun cas elle ne reconnaît « l’aide au suicide », que réclamait Chantal Sébire. Ce dernier type peut prendre deux formes: l'aide par fourniture de moyens et le « suicide assisté » où, à la demande expresse d'une personne n'étant pas en état de réaliser le geste par elle-même, un tiers le commet en ses lieux et place. Dans ces deux cas, il faut que la demande émane de la personne, sinon c'est de l'incitation au suicide.

Je sais bien que ce débat et une légalisation en faveur de sa pratique dérangent certaines personnes (éthique) et que les instances religieuses condamnent tout actes de ce genre, la vie humaine étant sacrée, bien qu’elles rejettent l’acharnement thérapeutique.
Un sondage IFOP avait estimé en 2000 que 88% de la population française était globalement favorable
à l'euthanasie pour "des personnes atteintes de maladies insupportables et incurables", l’application ne devant se faire que dans certains cas.
Ma question est simple, la France qui jouit de la pleine autorité morale sur sa société depuis la promulgation de la loi du 9 décembre 1905 de séparation des Eglises et de l’Etat, et qui par conséquent est un Etat entièrement laïque, qu’est ce qui a empêché et empêche toujours nos gouvernements de légiférer en faveur du « suicide assisté » ? Pourquoi tergiverser ou en rester à des débats stériles et un peu hypocrite parfois tel que « formule d'exception à situations exceptionnelles », de « transgression de la loi » et de la mise en place de « l’exception de l'assistance au suicide, sans demander de l'inscrire dans la loi", pour permettre « l'euthanasie » dans certains cas, même si je ne remets pas en question la bonne foi des personnes chargées de ce dossier? Alors qu’il devient urgent, ne serait-ce par respect pour des personnes comme Chantal Sébire, qui n’est pas qu’un cas isolé, arrêtons de nous voiler la face, de donner un cadre légal à cela.

Je crois au fond, et ça n’engage que moi, que mourir dans la dignité par le biais du suicide assisté, est bien un droit. Que s’il offusque certaines personnes pour diverses raisons que je respecte (croyances, etc.) ces dernières ne sont pas obligées d’en user, alors laissons chacun libre de (sa réflexion sur) sa propre mort… Même si pour le malade ou les proches cette pratique peut se révéler délicate et traumatisante.
Il est bien évident que la loi devra prendre en compte une multitude de situations, propre à chaque individu et que la procédure devra se faire dans le seul cadre institutionnel pour éviter d’éventuelles dérives.

Merci d'avance pour vos réactions.
Bien cordialement.

Alexandra.