mardi 17 juin 2008

« Peut-on désirer sans souffrir ? »

Hier, lundi 16 juin, un bon nombre de lycéens, option sciences économiques et sociales, ont planché sur ce sujet de philosophie…
Je me remémore alors, qu’il y a six ans, je me trouvais moi-même devant une feuille blanche qu’il allait me falloir remplir de mes réflexions sur un tout autre sujet : « Défendre ses droits est-ce la même chose que défendre ses intérêts ? »
J’ai toujours aimé cette discipline qu’est la philosophie, laisser libre cours à la réflexion sur le monde qui nous entoure, sur nos états, seule l’année de terminale nous le permet et veut nous l’apprendre, n’est-ce pas dommage ?
Je me souviens des cours dispensés par ce professeur dont je tairai le nom mais qui, pour l’anecdote, se refusait à tout port de lunettes ou de lentilles, alors qu’à côté de lui une taupe passerait pour avoir une excellente acuité visuelle, sous le prétexte qu’il ne voulait en rien changer sa vision du monde…
Je n’étais pas plus assidue que cela aux cours, je pense notamment ici à ceux qui succédaient aux cours d’éducation physique et sportive et qui furent pour moi, l’occasion de petits sommes forts agréables… Et oui, Kant et sa Métaphysique des mœurs ont parfois eu à souffrir de mon indifférence… que l’auteur me pardonne !
Je me souviens du stress qui m’a envahi le matin de l’épreuve, je n’avais pour ainsi dire effectué aucune révision, je n’en voyais pas la peine, mais l’idée de devoir disserter, de trouver les bons arguments afin de défendre ma thèse, me paralysait soudain. Quel sujet choisir ? Que dire ? Etc. Et puis l’inspiration me vint d’un coup… la boule, que dis-je la mappemonde qui n’avait de cesse de tourner dans mon ventre depuis mon réveil se résorba, et le stylo fut posé… la copie rendue… ma note, une petite fierté...
Si j’avais dû repasser l’épreuve cette année, c’est ce sujet que j’aurais choisi, sans hésitation aucune. Un sujet qui vous parle est un sujet qui vous emballe !
Bien sûr, si je retournais six ans en arrière, je ne suis pas certaine qu’il en aurait été de même… ou bien si, mais, alors très idéaliste, la thèse du « non » ne se serait pas imposée à moi comme une évidence, alors qu’aujourd’hui…
Il aurait ainsi fallu définir la notion de « désir » et de « souffrance » et enfin en établir la corrélation…
Qu’est ce que le désir ? L’envie, le fait de vouloir quelque chose que l’on n’a pas, mais c’est aussi une attirance pour une personne, pour un être que l’on sublime bien souvent. Spinoza disait d’ailleurs : « Nous ne désirons aucune chose parce que nous la trouvons bonne mais, au contraire, nous jugeons qu'une chose est bonne parce que nous la désirons. »
Ensuite, la question tournerait autour de l’assouvissement de ce désir ? Est-il possible ? Raisonnable ? Peut-on l’obtenir ? Le désir ne devient-il pas un besoin ? Et si oui, un désir assouvi peut-il survivre ?
Le désir obéit à des règles bien étranges, conscient ou inconscient, avoué ou inavoué, la raison n’y a pas toujours sa place et lorsqu’elle se l’octroie, c’est la souffrance qui entre en scène !
Et en philosophie, la souffrance (douleur morale) implique l’existence du mal… Aaaah la métaphysique… quand le désir est confronté à un problème moral…
Réaliser que le désir qui vous anime ne pourra être satisfait ou n’est qu’une illusion est douloureux… les raisons peuvent en être multiples, matérielles lorsqu’il s’agit d’un objet, sentimentales lorsqu’il est question d’une relation, un manque de réciprocité ou alors un interdit… un désir impossible, car justement sa concrétisation serait source de souffrance pour autrui.
Et là, Oscar Wilde disait justement : « Il y a deux tragédies dans la vie: l'une est de ne pas satisfaire son désir et l'autre de le satisfaire. »
Terrible impasse… Je plains les lycéens qui ont dû choisir ce sujet, sa complexité et l’implication émotionnelle personnelle que sa rédaction peut entrainer ne facilite pas les choses.
Epicure, en revanche défendait une idée tentante lorsqu’il déclarait : « A propos de chaque désir il faut se poser cette question: quel avantage en résultera -t-il si je ne le satisfait pas? »
Lui qui voyait la douleur dans l’instance lancinante de la satisfaction du besoin, du désir.
Mais si l’avantage à en tirer est important, les risques ou les inconvénients ne doivent pas passer aux oubliettes de l’esprit…
Et me vient alors une autre question, le désir est-il un préalable au bonheur ? Le bonheur lui-même est sujet de désir, puisque l’homme au fond en fait une quête permanente… l’issue de cette recherche est la satisfaction, être heureux c’est ce que chacun de nous désire, chacun à sa façon, certes, mais la finalité est la même. Cela ne conduit-il pas parfois l’homme a ne plus se contenter de ce qu’il a, pour ne voir que ce qu’il n’a pas et alors par un processus psychologique complexe, « l’objet » convoité deviendrait une condition indispensable au bonheur ?
Dans tous ces questionnements, il y a d’autres états qui se manifestent et viennent quelque peu perturber, une fois n’est pas coutume, la donne. Ce sont le plaisir, les émotions, l’affectivité, si chère à Ribot !

Bref, je ne compte pas disserter plus longtemps sur ce sujet, qui s’il me passionne, n’en est pas moins difficile à appréhender dans son ensemble… Finalement, contrairement à ce que la règle impose, ni la thèse du non, ni celle du oui ne sont à privilégiées… Les désirs sont multiples, les conséquences de leurs assouvissements également, le plaisir des uns pouvant faire la souffrance des autres…

Pardonnez ce retour un peu étrange, n'y voyez aucunement une aliénation de mon esprit, liée à la laborieuse rédaction de mon mémoire… Disons que, écrire sur la politique locale ne m’inspire guère ces temps-ci, les déceptions sont grandes, et la philosophie tente de m’ouvrir l’esprit vers d’autres horizons… là où mes pensées n’en ont qu’un.



4 commentaires:

auré a dit…

je n'ai jamais été douée pour disserter sur la philosophie,j'avais d'ailleurs des notes plus que moyennes...je suis beaucoup plus terre à terre....par contre ton sujet inspire...le désir et la souffrance..je crois qu'inexorablement les deux sont liés....le désir devient souvent passion et mène a une certaine souffrance,puisque le désir devient une drogue,quelque chose qui nous consume a petit feu...que faut il faire a part y succomber??au risque de souffrir....c'est humain voila tout...et la raison?ou est elle???a bon entendeur très chère...tu devrais faire un article sur le courage d'aimer....;-)

Alexandra a dit…

Ma chère Aurélie (oups, je trahis ton pseudo...)
Je te remercie pour ce commentaire, que je trouve très bien rédigé et très pertinent. Attention, une fois qu'on laisse un commentaire sur ce blog, il incombe au commentateur(à la commentatrice) l'obligation de réitérer la chose, car je ne m'en lasse pas... le plaisir est immense!
Ton raisonnement est assez similaire à celui d'Epicure... Tu vois qu'une âme philosophe sommeille en toi... Il me plaît bien...
Quant à ta suggestion d'article je vais y réfléchir, je dois dire que le sujet me tente bien et les sources d'inspiration ne manquent guère.
Merci.

Guizou a dit…

L'être humain a un besoin constant de désirer. Lorsque ses désirs sont plus ou moins satisfaits, il emérge comme une sorte de mélancolie, un besoin de désirer à nouveau.
Peut-être aussi que par rapport aux espérances et aux idéaux que l'on se forge, notre désir n'est peut-être jamais totalement comblé. Désir et souffrance apparaissent en tous cas comme deux notions indisociablement liées.

Alexandra a dit…

Merci Guizou pour ce commentaire, je crois en effet, malheureusement aujourd'hui, que ces deux notions sont indissociables... et je dois dire que ça ne me réjouit guère... Le vrai bonheur ne serait-il en fait qu'une illusion?
Bises à toi!